Huit mois durant, Aurore Vandel a veillé sur un homme qui n’était plus qu’une enveloppe vide. Chaque jour, elle a épongé, nourri, murmuré à l’oreille de Damien Valcourt — l’héritier tout-puissant de l’empire Valcourt — des mots qu’il n’entendait pas. Elle a sacrifié sa jeunesse, ses rêves, sa carrière de chirurgienne, qu’elle avait abandonnée pour lui. Par amour, croyait-elle.
Puis un matin, il a ouvert les yeux.
Et sur l’écran de son téléphone, Aurore a lu cinq mots qui allaient faire basculer sa vie : « Je suis de retour. — S. »
Solène. La femme que Damien prétendait ne jamais avoir oubliée. Celle pour qui, visiblement, on pouvait jeter huit mois de dévotion aux orties.
La nouvelle n’a pas tardé à faire le tour du cercle mondain. Et les amis de Damien — ceux qui n’avaient jamais daigné regarder Aurore autrement qu’avec un sourire en coin — se sont empressés de savourer sa chute :
« La reine revient au palais. Il est temps de jeter la servante dehors. »
C’est à cet instant précis qu’Aurore a compris. Elle n’avait jamais été aimée. Elle avait été tolérée. Une présence pratique. Une garde-malade gratuite. Une blague dont on riait à table, entre deux coupes de champagne.
Alors, une nuit, Damien a trouvé sur son bureau une enveloppe scellée.
À l’intérieur : des papiers. Pas des papiers de divorce — ils n’avaient jamais été mariés. Non. Une rupture. Froide. Impersonnelle. Administrative.
Et comme motif, une seule ligne, glaciale, cinglante :
« Dysfonctionnement masculin. »
Fou de rage — à cause des mots, à cause de la femme, à cause de tout — l’héritier Valcourt a foncé chez elle, bien décidé à lui faire ravaler ces mots. Il a poussé la porte. Il s’est figé.
Ce n’était plus la femme en cardigan qu’il avait laissée derrière lui. Sous les lustres d’un gala médical où elle était invitée d’honneur, drapée dans une robe de soie noire, le port altier et le regard sans peur, se tenait une femme que le tout-Paris commençait à s’arracher : le Dr Aurore Vandel, chirurgienne de renommée.
Il s’est approché, tremblant de colère contenue.
Elle a tourné la tête. Un sourire lent, presque tendre, a étiré ses lèvres.
« Monsieur Valcourt. Tu viens consulter en andrologie ? »