Les politiques de l’habitat constituent un enjeu majeur pour la ville de Ngaoundéré, confrontée à une forte croissance démographique et à une pénurie de logements accessibles aux populations modestes. Face à ce défi les pouvoirs publics ont mis en place des programmes de logements sociaux censés répondre aux besoins des catégories les plus vulnérables. Cependant, l’analyse de ses politiques de l’habitat révèle qu’elles sont traversées par des enjeux de pouvoir qui en façonnent les modalités de mise en œuvre et les résultats.
Tout d’abord la construction et la gestion des cités d’habitat social apparaissent comme un levier de contrôle territorial et de régulation social des populations les plus vulnérables. La localisation périphérique de ces ensemble résidentiels, ainsi que les critères d’attribution opaques, contribuent à canaliser et à confiner les catégories modestes, renforçant ainsi les logiques de ségrégation socio-spatiale.
Par ailleurs, les politiques de logement social soulèvent également des enjeux économiques et financiers conséquents. La mobilisation des ressources foncières et la captation des marchés publics par certains groupes d’intérêts font l’objet de pratique de corruption et de clientélisme, au détriment d’une allocation équitable des logements. Enfin la dimension politique et électoraliste des programmes de logement sociaux est manifeste. L’attribution des logements apparait comme un moyen de capter le soutien des populations, dans un contexte marqué par des pratiques de favoritisme et d’instrumentalisation du logement au service de la légitimation du pouvoir en place.
Ainsi, l’étude des politiques de l’habitat à Ngaoundéré, à travers le prisme des logements sociaux, permet de saisir les enjeux de pouvoir qui sous-tendent la production et la gestion de l’espace urbain. Cette analyse révèle les logiques de contrôle, de captation des ressources et de légitimation politique qui façonnent les modalités d’accès au logement pour les populations les plus vulnérables. En définitive, les politiques de l’habitat à Ngaoundéré, loin de se résumer à des simples réponses techniques aux besoins de logement, s’inscrivent dans des rapports de force et des stratégies d’acteurs qui reflètent les enjeux de pouvoir au sein de la ville.